Invitée de l’émission John s’attable sur Volum’3 ce lundi 18 mai 2026, Isabelle Morin a offert un moment de parole rare, à la hauteur d’un parcours artistique dense, sensible et profondément habité. Franco-américaine, auteure, compositrice, interprète et productrice, elle a partagé avec sincérité sa vision de la création, du temps, de la voix et de la transmission, dans un échange marqué par la profondeur et l’émotion.
Pendant l’entretien, l’artiste est revenue sur le sens qu’elle donne à son cheminement. Pour elle, le parcours accompli n’est pas une fin en soi, mais une matière vivante, un socle sur lequel continuer à avancer. « C’est une chance, c’est une grande richesse », a-t-elle confié, en soulignant sa manière de regarder « plutôt l’avenir ». Elle a expliqué se servir de ce qu’elle a déjà traversé pour « essayer toujours de renouveler », comme si chaque expérience venait nourrir une nouvelle étape de sa création.
L’une des dimensions les plus touchantes de son témoignage concerne son rapport au chant.
Isabelle Morin voit dans la voix bien plus qu’un simple instrument artistique : « Chanter, il y a un côté aussi guérisseur, voilà, pour moi. » Une phrase qui résume à elle seule une approche intime de la musique, pensée comme un espace d’expression, de réparation et de transformation. Elle a d’ailleurs développé cette idée en évoquant le fait que l’artiste, à travers le temps et l’évolution de sa voix, peut « exprimer ses blessures », se « guérir soi-même », et parfois, presque malgré soi, « guérir les autres ».
Cette conviction traverse tout son rapport à l’écriture et à la création.
Isabelle Morin a également expliqué son processus de travail sur un projet en cours : elle commence par écrire la musique, puis construit l’histoire à partir des chansons. Une méthode qu’elle affectionne, parce qu’elle aime « réunir souvent des artistes », notamment dans une logique de collaboration à « quatre mains ». C’est d’ailleurs dans cet esprit qu’elle est venue au Cameroun pour composer un projet radiophonique consacré à Édouard Glissant, une création menée à plusieurs voix et plusieurs regards, qu’elle décrit comme un travail « à quatre mains, et quatre oreilles ».
Son passage dans l’émission a aussi permis d’évoquer les ateliers TA’ATIK, auxquels elle participera. Là encore, Isabelle Morin place la voix au centre de l’expérience artistique. Elle souhaite y explorer la façon dont une voix peut « amener leur voix un peu plus loin », en travaillant sur la résonance du corps, le rythme, le body percussion, et le dialogue entre souffle et vibration. Une démarche fidèle à sa philosophie : faire de la création un espace de circulation, d’écoute et d’ouverture.
À travers cette rencontre, Isabelle Morin s’est révélée comme une artiste complète, mais surtout comme une femme de liens. Une créatrice qui ne sépare pas l’art de l’humain, ni la musique de la réparation intérieure. Son passage dans John s’attable aura laissé l’image d’une voix qui ne chante pas seulement pour interpréter, mais pour transmettre, relier et faire résonner quelque chose de plus vaste que soi.
Jiresse NGUEPI