Le 03 mars dernier, dans le cadre de la première édition de John s’attable sur Volum’3, le rappeur camerounais Killamel s’est confié à John T. William’s sur sa vision artistique et son rapport à l’identité culturelle. Entre réflexion sur l’héritage musical camerounais et ambition de dialoguer avec le monde, il nous dévoile comment sa musique puise dans ses racines pour résonner bien auâdelà des frontières. Une interview qui révèle la profondeur et la singularité de l’artiste dans un univers musical globalisé.
Volum’3 : Pour commencer, comment peux-tu pourrais décrire ta propre vision?
Killamel : Tout part d’une question simple mais essentielle : quelle est la contribution personnelle que chacun peut apporter au monde ? Si le monde était un grand village, qu’est-ce que j’apporte de singulier, que le New Yorkais n’a pas, que le Parisien n’a pas, que le Londonien n’a pas ?
Volum’3 : Et justement quelle réponse tu peux donnera ces interrogations?
Killamel : Elle se trouve dans mon identité et mon héritage culturel camerounais. Ce que j’apporte au monde, c’est le chant des pirogues, le chant des vagues du fleuve Wouri… C’est tout l’immense héritage musical de Francis Bebey, Manu Dibango, Toto Guillaume… Tout ça, je l’ai en moi et je dois le transmettre à travers ma musique.
Volum’3 : Tu parles beaucoup d’héritage. Comment cela influence-t-il ta démarche artistique dans un monde qui se modernise autant ?
Killamel : Dans un monde aussi ouvert que le nôtre, chaque artiste a un bagage. Si j’ai la légitimité de le porter, je dois utiliser le canal par lequel je me fais entendre – dans mon cas, le hip-hop – pour véhiculer cette richesse. Mais attention, je refuse de me répéter. À chaque projet, j’essaie de nouvelles directions créatives, de ne jamais refaire ce que j’ai déjà fait.
Volum’3 : Pour quelqu’un qui est autant ancré dans ses racines, tu as grandi avec des influences internationales. Comment trouves-tu ta singularité ?
Killamel : Au début, j’étais très inspiré par les scènes de New York, Los Angeles, Miami, Paris… Mais j’ai compris qu’une partie essentielle de mon inspiration restait encore inexplorée : mon propre tiroir. Et dans ce tiroir, il y a un gisement incroyable. Je me suis dit : je vais puiser là, et le monde entier va entendre ça.
Volum’3 : Quelle est la conviction qui guide ta musique aujourd’hui ?
Killamel : La richesse de la musique africaine réside dans sa capacité à dialoguer avec le monde tout en restant fidèle à ses racines. Mon objectif est de transformer l’héritage culturel camerounais en une voix universelle, capable de résonner bien au-delà des frontières.
Propos retranscris par JIRESSE NGUEPI