ARSÉNE ETABA : Quand la danse devient un langage de société

28 mars 2026 - 18:00

Le 24 mars dernier ARSÉNE ETABA était l’invité de l’émission OPPT sur VOLUM’3. Un danseur/chorégraphe invité dans le cadre d’un entretien consacré à son actualité artistique.

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Il est venu présenter son spectacle de danse prévu pour le samedi 28 mars à l’Institut français du Cameroun de Douala. À travers cet échange, il a été question de ses deux créations majeures, de sa démarche artistique, ainsi que des réflexions qui structurent son travail de chorégraphe.

Cet entretien a également permis d’aborder les thématiques profondes qui traversent son œuvre, entre engagement artistique, questionnements sociaux et exploration du corps comme langage.


VOLUM’3 : À quel moment as-tu compris que ta danse devait aller au-delà de la simple performance artistique?

ARSÈNE ETABA : J’avais compris, d’une certaine façon, qu’il y avait des choses que je devais incarner en tant que danseur. J’ai surtout compris qu’il fallait mettre l’humain au centre de toutes les attentions. Au centre de la danse, il fallait remettre en avant l’humanité, remettre en avant la société.

À partir de là, je me suis dit que je devais véritablement commencer à danser dans cette logique. Ce n’était pas un seul moment précis, mais plutôt des déclics progressifs. Je me suis rendu compte que ma danse devait servir davantage l’humain, servir la société, et voir comment, à travers la danse, on pouvait avoir un impact réel et en faire un levier de développement pour notre communauté.

VOLUM’3 : Comment est née la thématique de ta recherche sur la danse-thérapie et les victimes d’AVC ?

ARSÈNE ETABA : La thématique de la danse-thérapie, ou plus précisément « l’impact de la danse dans la prise en charge des victimes d’AVC à l’Hôpital Laquintinie de Douala », est née d’une volonté claire : montrer, d’abord à mes parents, puis à la société, que ce que je faisais allait bien au-delà du simple mouvement.

Il s’agissait de démontrer que la danse pouvait non seulement prioriser la santé, mais aussi contribuer à libérer les esprits. Une société se développe véritablement lorsqu’elle n’est pas enfermée dans une pensée figée. C’est dans cette logique que j’ai décidé de mettre l’humain au centre et de m’appuyer sur la science, malgré les difficultés rencontrées.

VOLUM’3 : Quel était ton objectif personnel à travers ce travail de recherche ?

ARSÈNE ETABA : Ce travail m’a permis non seulement d’avancer dans ma recherche, mais aussi de montrer à mon père que je savais exactement où j’allais, que je comprenais profondément pourquoi je dansais.

Une autre motivation importante était de questionner la place du danseur, ou plus largement du praticien des arts, dans la société. Est-ce qu’il doit être marginalisé ?


VOLUM’3 : Selon toi, quelle place la danse et les artistes occupent-ils dans le développement des nations ?

ARSÈNE ETABA : En réalité, aucune nation ne s’est développée sans ses artistes. Et plus encore, il n’existe pas de pays véritablement développé sans une forme d’expression dansée.

Toutes les grandes nations accordent, d’une manière ou d’une autre, une place au mouvement, au corps et au sens artistique.

VOLUM’3 : Quels résultats ou constats cherchais-tu à démontrer à travers ton travail sur les victimes d’AVC ?

ARSÈNE ETABA : Il était essentiel pour moi de démontrer scientifiquement que la danse agit sur des paramètres physiologiques réels.

En travaillant avec des victimes d’AVC, l’objectif était de montrer comment on peut passer d’un degré de handicap à une amélioration progressive, comment renforcer la force musculaire, mais aussi comment améliorer l’estime de soi chez un individu.

C’est l’ensemble de ces éléments qui a structuré et donné du sens à tout mon parcours.

VOLUM’3 : Quel est le sens particulier de ce moment pour toi, à l’approche de ton spectacle de danse à Douala à l’Institut français du Cameroun ?

ARSÈNE ETABA : C’est un jour assez important pour moi, parce que pour la première fois, mes travaux qui ont très souvent été présentés à l’extérieur, à l’étranger ou à l’international, seront également présentés ici à Douala, à l’Institut français du Cameroun.

J’ai très souvent eu l’habitude de présenter mes créations à Yaoundé, mais cette fois-ci, c’est une première à Douala. Je présenterai deux travaux majeurs.

VOLUM’3 : Peux-tu nous parler de la première création que tu vas présenter ?

ARSÈNE ETABA : Le premier projet s’intitule « Clandos », une création chorégraphique pour quatre interprètes. Cette œuvre met en lumière la clandestinité dans laquelle nous vivons aujourd’hui.

Il s’agit d’interroger ces zones invisibles de notre quotidien, ces réalités cachées, et même cette forme de vie en marge que beaucoup de personnes expérimentent sans forcément l’exprimer. Cela m’intéresse particulièrement, parce que cela questionne aussi ce que nous faisons lorsque nous sommes seuls, hors du regard des autres.

VOLUM’3 : Quel est le message porté par ta deuxième création, « Les dieux dansent mal » ?

ARSÈNE ETABA : « Les dieux dansent mal » est ma toute dernière création. Je suis avant tout un artiste engagé, pas nécessairement au sens politique strict, mais dans le sens où l’engagement produit forcément un impact.

Si ton petit frère aime ce que je fais, c’est parce qu’il y a un engagement derrière, qui génère un certain effet, une certaine prise de conscience.

Dans cette pièce, je mets en lumière plusieurs problématiques contemporaines : les questions de gouvernance, de surconsommation, de militarisme, et plus largement les réalités des nations dans lesquelles nous vivons aujourd’hui.

« Les dieux dansent mal » est une œuvre qui a d’ailleurs eu le privilège d’être reconnue comme la meilleure jeune pièce d’Afrique sur deux ans.

VOLUM’3 : Quelle est ta vision globale à travers ces créations présentées à Douala ?

ARSÈNE ETABA : À travers ces œuvres, je cherche à questionner notre rapport au monde, à notre société et à nous-mêmes. Mon travail est un espace d’engagement, de réflexion et de mise en lumière de réalités parfois invisibles.

Ce spectacle à Douala, à l’Institut français du Cameroun, représente donc bien plus qu’une simple présentation artistique : c’est un moment de partage, de retour à la base, et de confrontation entre l’œuvre et le public local

Propos recueillis par Jiresse NGUEPI

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